06/06/2010 – 10 heures
Nuit pourrie. J’ai fait un cauchemar. Un cauchemar horrible, que j’ai fait plusieurs fois dans la nuit. Il se répétait, tout le temps, tout le temps. Je m’en rendais compte, mais je ne pouvais pas en sortir. Dire que je le subissais serait réducteur, car dedans, j’étais souvent active, je cherchais des solutions, je tentais d’en sortir… La plupart du temps.
La jungle m’entourait. Une jungle épaisse, étouffante, nauséabonde. Le genre de bourbier infect envahi de lianes et d’insectes, de prédateurs insaisissables et de parasites inévitables. Chaque espèce, chaque individu, y lutte perpétuellement pour sa survie précaire ; et j’étais devenue un individu de cette jungle, tentant malgré tout de la quitter. Je l’explorais, méfiante, attentive à mon environnement, même lors de la toute première fois. J’évoluais dans la végétation poisseuse, ne retenant même plus mon souffle et assumant la pestilence des lieux comme si elle était normale. Au fur et à mesure de ma progression, je m’habituais, et elle devenait plus facile. Jusqu’à devenir… naturelle.
Puis le silence se fit. Ou bien était-ce le fruit de mon imagination ? Ou un instinct ? C’est à partir de là que les versions divergent.
Parfois, ce silence était bien le signe de l’arrivée d’un prédateur. Qui un lynx géant, qui une sorte de tigre à dent de sabres, qui un colossal autre félin qui ne désirait rien de moins que de me mettre de son assiette. De façon totalement surréaliste, il semblait à chaque fois parfaitement adapté à la jungle, même lorsque ce n’est pas la niche naturelle de l’espèce ; et de façon totalement surréaliste, j’essayais de lui échapper, courant à toute vitesse entre les arbres. J’essayais de l’abattre, tirant mes flèches sur lui, mais il fallait que je me concentre sur ma course. Et à un moment où à un autre, je trébuche, une de mes sandales s’embourbe dans la vase, et je continue sans pour éviter de me faire bouffer. Je perds de la vitesse, mes pouvoirs se sont évanouis en même temps que ma relique. Selon les rêves, j’essaie de changer de direction, de me cacher, de grimper à un arbre, tout et n’importe quoi jusques et y compris les idées les plus stupides… La bestiole me rattrape… Et c’est la fin.
Parfois, le silence était précurseur d’une autre symphonie. Je n’entendais plus la cacophonie de la jungle, je m’y étais habituée, et je finissais par entendre tous les mouvements significatifs, à percevoir ce qu’il se passait réellement dans cet endroit. J’entrais en symbiose avec la jungle, j’en devenais réellement une espèce, je m’y complaisais et y entamais ma longue et plaisante décadence… Et je ne préfère pas coucher ce genre de détails sordides et honteux par écrit.
J’ai peur de déjà comprendre ces rêves.
Je dois trouver un troisième chemin.
Absolument.