09/02/2010 – 3 heures du matin
Passé la nuit à crapahuter dans les égouts. J’ai de mon côté pu prendre ma douche, mais le cas de cette ville n’est pas encore réglé. Il ne le sera jamais. Elle est bien trop grosse, bien trop décadente, bien trop tout. La raison pour laquelle cette masse grouillante s’entasse jusqu’à l’asphyxie et la pourriture m’échappe, mais elle doit pourtant exister. J’aime espérer qu’au fond, c’est l’œuvre des Titans, ou même des Dieux. J’aime espérer que l’Humanité n’est pas responsable. Qu’on est pas faits pour stagner dans la fange qui nous anime. Que cette puanteur n’est que le reflet d’un Destin que l’on souhaite nous imposer, et pas le résultats des péchés et vices naturels d’un chacun. Que le fait d’entasser trois millions de personnes en leur promettant deux hectares d’espaces verts n’est en réalité pas quelque chose de naturel.
Alors que j’allais rentrer de mon job au Griffith Park, on m’a signalée ma prochaine mission, entre deux hululements qui n’avaient au final plus rien de comiques. Cette fois-ci, c’était une histoire de rats géants qui infestaient les égouts, dans le Watts. Ou plutôt, en-dessous. 30 kilomètres en fin de journée pour me rendre dans un des quartiers les plus pauvres de LA. On n’appelle d’ailleurs plus ça un ghetto mais un barrio : les trois quarts des habitants sont des mexicains, souvent clandestins. La misère humaine ; prostitution, racket, drogues, meurtres. Une couche supplémentaire de crasse par-dessus un bois pourri et mort que l’on n’a même plus pris la peine de vernir depuis longtemps.
Une bouche d’égouts ouverte, je me suis glissée dedans. Y’avait un trottoir. J’ai pu me changer. Mettre ceinture, sandales, sortir mon arc et ma lampe-torche. J’ai vu les grosses empreintes de rats. Encore une fois, rien de naturel. Mais ça devient la norme. J’ai rampé dans la merde et autres déjections de l’humanité ; mais finalement, ça ne change pas grand chose à la surface. C’est peut-être même plus sain. Ici, au moins, on ne vend pas les étrons. J’ai buté les rats géants. Ils avaient déjà boulotté plusieurs mecs, les avaient bouffés, l’en restait que des bouts de chair sur de l’os. Personne à sauver, ce soir ; tout le monde à venger. J’ai foutu les rongeurs dans des sacs poubelle après les avoir découpés en morceaux, et je les ai foutus aux ordures. Personne ne s’alarmera. Les journaux ont de toutes façons déjà titré l’hypothèse du tueur en série, pour les corps. C’est rassurant, au moins les gens savent pourquoi leurs potes sont morts.