24/02/2010 – 2 heures 30 du matin
West Hollywood. Artémis a décidément une sorte d’obsession. C’est là que j’ai dû aller ce soir, pour ma dernière mission en date. Et la réputation sulfureuse de WeHo étant ce qu’elle est, j’ai bien hésité à y aller. Encore un coup d’Artémis, elle veut me dévergonder, elle veut que je rampe dans la fange de la dépravation mondaine dans laquelle se complaît l’essentielle part de l’humanité, profitant de plaisirs malsains et parfois même prohibés qui font le succès d’économies clandestines et prospères. Oh, je respecte les brouteuses, elles font bien ce qu’elles veulent ; tout autant que je respecte les greluches qui offrent leur corps et leur âme au premier venu et décident de devenir la servante de ce monsieur. D’une façon ou d’une autre. Mais bon, c’était une mission, un message de cette fêlée qui me prend pour sa fille mais que je n’ai jamais vue, qui parle de lien tout en me disant qu’effectivement, son sang ne coule pas dans mes veines. J’ai deux mères adoptives, et pas une seule dont je sois issue. Saloperie.
Avant de partir, j’ai téléphoné un peu à ma mère. Enfin, Caitleen. Elle me manque. Puis j’y suis allée, direction WeHo. L’adresse était 9081 Santa Monica Boulevard, West Hollywood. J’ai bien hésité, mais je ne peux pas me permettre de désobéir aux ordres de mission comme ça. C’est bien plus qu’une obligation, c’est un devoir.
Une fois à l’adresse indiquée, je lève les yeux au ciel. Le 9081 est le Troubadour… une boite de nuit. En plein dans ce qui fait office de quartier gay de LA. Ma mâchoire se serre. Je sors de mon 4×4, méfiante, aux aguets. Encore une soirée entière que je vais passer à poireauter. J’avance, regardant alentours ; la clientèle semble plutôt mixte, pas forcément homo d’ailleurs, et ça me rassure un peu. J’entre. J’ai fait un effort, pantalon tout simple, haut plutôt neutre, veste en une sorte d’imitation cuir et chaussures plutôt convenables. Je me doutais de l’arnaque et j’ai pas voulu faire tâche, jurant dans le décor probable de ce qui serait ma mission de ce soir. J’ai plutôt bien fait.
J’attends pas mal, à l’affut du moindre trouble. Un peu comme la dernière fois. Je commande de temps en temps à boire. Ici, ils passent des groupes en live. Mais ça m’intéresse pas. Je surveille. Comme en chasse. On vient me draguer, plusieurs fois dans la soirée. J’envoie chier calmement les postulants de l’un ou l’autre sexe. Je suis pas venue pour ça… du moins je l’espère encore. Il ne se passe rien. Je m’ennuie. La musique me rend folle, trop forte, oppressante. J’ai un peu trop bu. Je dois prendre l’air. Je sors, je fais quelques mètres. Je m’assied sur un trottoir, et me prends la tête dans les mains. Soupir. Vie de merde.
Relevant les yeux, je vois un vague mouvement dans une ruelle en face. Je me lève, m’y dirige. C’est peut-être ce que j’attendais. Et puis ça fait du bien de marcher un peu à l’air libre. Même pollué. Je passe la tête… Rien. Pas de sang par terre. Des traces de lutte. Je décide de suivre la piste. C’est plus intéressant que de retourner à l’intérieur. Je finis par apercevoir un mec, qui porte une nana comme une mariée. Inconsciente, probablement assommée. Je continue de le suivre, me rapprochant de plus en plus vite, sans me faire repérer. Il est probablement en train de l’enlever. Je lui somme de la lâcher. Il se retourne, me dit que c’est sa copine, qu’elle est ivre et qu’il la ramène à la maison. Je le crois pas. Il la pose, lentement, ce qui me surprend, joue des biceps et me dit qu’il veut pas taper une nana. Je lui désigne sa victime de la tête, il me dit que je pige rien. Je m’avance, il s’interpose devant la fille, en posture défensive. Cela m’arrache un haussement de sourcil. Je la regarde mieux. Elle a une pomme d’Adam. Bien éveillée, elle semble plus effrayée par moi que par lui. Je lève les yeux au ciel, et m’en vais après avoir bafouillé deux-trois mots d’excuses.
J’entre dans ma bagnole. J’y suis actuellement, en train d’écrire ce journal et de déprimer. Mais ça va passer. Il faut bien.