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Extrait du journal de Cynthia Summers

23 jan

25/05/2010 – 8 heures

Qu’il est bon de dormir à la belle étoile.

Hier soir, j’ai pris la décision de rester au boulot pour la nuit. Non pas vraiment par conscience professionnelle, mais parce que les grands espaces me manquaient. Me manque toujours, en fait. Ma cambrousse Texane me semble si loin… Comme si c’était une autre vie, comme si j’étais… une autre personne. Pourtant, les souvenirs sont encore là. J’espère qu’ils le resteront longtemps… et que quitter la ville n’a pas signifier quitter ce que j’étais. Sans doute est-ce que c’est le destin de tous ceux qui quittent leur ville natale, que de l’oublier et d’oublier ce qu’ils y étaient, pour devenir ailleurs quelqu’un de nouveau. Mais moi, je ne veux pas devenir quelqu’un d’autre. Je ne veux pas oublier ce que je suis et d’où je viens.

Dès la tombée de la nuit, je me suis installée dans une clairière, en-dessous d’un grand arbre pour me protéger de la pluie éventuelle. Ils n’avaient rien prévu, mais on sait jamais ; d’autant qu’avec la proximité de la ville, cette pluie-là n’est pas ce qu’on peut appeler vraiment saine. C’est même tout le contraire ; la décadence de l’humanité concentrée dans quelques gouttes d’acidité morbide, qu’on se plait à comparer à un phénomène naturel par habitude et désinvolture. Quand ces immondices leur feront un trou dans le crâne en tombant, peut-être se rendront-ils comptent que non, ça n’a pas le goût de l’eau. Sous cet arbre donc, j’ai choisi un endroit bien plat, où la seule racine vraiment apparente me servit de support pour la tête. Mon sac de couchage calé, je me suis glissée dedans, toute habillée. On ne sait jamais ce qui peut arriver.

J’eus du mal à dormir. Je ne saurais expliquer vraiment pourquoi, mais je ne pouvais vraiment fermer l’œil. C’était peut-être parce que la Lune était pleine, et sans doute parce que j’avais la cruelle impression qu’elle me regardait. Qu’elle m’épiait. Le fait-elle ? Le Destin est définitivement cruel. Pourquoi ne me guide-t-elle pas, et se contente-t-elle de se servir de moi comme un vulgaire outil, voulant me façonner à sa guise sans m’offrir la moindre considération ni présence, la moindre parole ni le moindre conseil ? Plongée dans ce genre de considérations existentielles, je me laissais aller à la mélancolie. Je regrettais d’avoir quitté ma ville natale, d’avoir obéit à cette greluche divine qui se prend pour ma mère, d’avoir renié ce que j’étais.

Le sommeil était en train d’arriver, quand je fus sortie brutalement de mes pensées. Le silence de la nuit se faisait inquiétant. Un prédateur devait rôder. Si les animaux nocturnes ne font plus de bruit, c’est qu’un prédateur est dans le coin. Mais le Griffith Park est censé être ouvert au public et sans danger… Prudente, je me décidai donc à sortir de mon duvet, et je commençais à m’équiper selon les circonstances. Si la bête était du même acabit que la précédente, je ne pouvais me permettre de l’affronter désarmée. Je mis la ceinture d’Hippolyte, la célèbre Reine Amazone. Elle lui allait certainement comme un gant, mais je me demande encore quelle idée pouvait avoir ma mère pour m’offrir ce genre de … trucs … à l’époque moderne. Elle irait également très bien à Wonder Woman, mais on est pas dans une bande dessinée. Je mis ensuite les sandales d’Atalante. Celles-ci me conviennent beaucoup plus ; d’autant que je me réclame bien plus de son héritage que de celui de la précédente. Je suis une chasseresse, pas une amazone, n’en déplaise à « maman ».

La suite vaut-elle vraiment la peine d’être racontée ? Le fauve était un loup géant, du genre qu’on ne réintroduit dans aucune chaîne de montagnes, de peur qu’il ne croque les fermiers en sus des agneaux. Ma technique était plutôt simple, et consistait à courir devant lui en maintenant une certaine distance, tout en lui tirant des traits de lune de temps à autres. Ce fut facile.

Après ça, j’ai très bien dormi, et je me suis réveillée à la lumière du jour.
Et plutôt satisfaite. J’ai le moral.

 
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Rédigé par Neit - Classé dans Scion

 

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