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Archives de la catégorie ‘Jeu de rôle sur table’

Extrait du journal de Cynthia Summers

31 mar

06/06/2010 – 10 heures

Nuit pourrie. J’ai fait un cauchemar. Un cauchemar horrible, que j’ai fait plusieurs fois dans la nuit. Il se répétait, tout le temps, tout le temps. Je m’en rendais compte, mais je ne pouvais pas en sortir. Dire que je le subissais serait réducteur, car dedans, j’étais souvent active, je cherchais des solutions, je tentais d’en sortir… La plupart du temps.

La jungle m’entourait. Une jungle épaisse, étouffante, nauséabonde. Le genre de bourbier infect envahi de lianes et d’insectes, de prédateurs insaisissables et de parasites inévitables. Chaque espèce, chaque individu, y lutte perpétuellement pour sa survie précaire ; et j’étais devenue un individu de cette jungle, tentant malgré tout de la quitter. Je l’explorais, méfiante, attentive à mon environnement, même lors de la toute première fois. J’évoluais dans la végétation poisseuse, ne retenant même plus mon souffle et assumant la pestilence des lieux comme si elle était normale. Au fur et à mesure de ma progression, je m’habituais, et elle devenait plus facile. Jusqu’à devenir… naturelle.

Puis le silence se fit. Ou bien était-ce le fruit de mon imagination ? Ou un instinct ? C’est à partir de là que les versions divergent.

Parfois, ce silence était bien le signe de l’arrivée d’un prédateur. Qui un lynx géant, qui une sorte de tigre à dent de sabres, qui un colossal autre félin qui ne désirait rien de moins que de me mettre de son assiette. De façon totalement surréaliste, il semblait à chaque fois parfaitement adapté à la jungle, même lorsque ce n’est pas la niche naturelle de l’espèce ; et de façon totalement surréaliste, j’essayais de lui échapper, courant à toute vitesse entre les arbres. J’essayais de l’abattre, tirant mes flèches sur lui, mais il fallait que je me concentre sur ma course. Et à un moment où à un autre, je trébuche, une de mes sandales s’embourbe dans la vase, et je continue sans pour éviter de me faire bouffer. Je perds de la vitesse, mes pouvoirs se sont évanouis en même temps que ma relique. Selon les rêves, j’essaie de changer de direction, de me cacher, de grimper à un arbre, tout et n’importe quoi jusques et y compris les idées les plus stupides… La bestiole me rattrape… Et c’est la fin.

Parfois, le silence était précurseur d’une autre symphonie. Je n’entendais plus la cacophonie de la jungle, je m’y étais habituée, et je finissais par entendre tous les mouvements significatifs, à percevoir ce qu’il se passait réellement dans cet endroit. J’entrais en symbiose avec la jungle, j’en devenais réellement une espèce, je m’y complaisais et y entamais ma longue et plaisante décadence… Et je ne préfère pas coucher ce genre de détails sordides et honteux par écrit.

J’ai peur de déjà comprendre ces rêves.
Je dois trouver un troisième chemin.
Absolument.

 
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Extrait du journal de Cynthia Summers

05 fév

05/06/2010 – 20 heures

Quand la dépouille du loup de la dernière fois a été trouvée, il y a eu une enquête. Les responsables du parc ont voulu savoir ce qu’un prédateur de cette taille faisait là, s’il avait une meute, et surtout, ce qui avait bien pu le tuer. Ils cherchent encore… Je leur souhaite bien du courage, ils ne trouveront jamais. Comment deviner qu’il a été transpercé par… des… rayons lunaires ? Je ne sais même pas comment désigner les traits qui sortent de mon arc. Cela me semble irréel à moi-même, alors comment pourrait-on se l’imaginer…

Bien entendu, les médias ont été tenus écartés de l’affaire. Trop peur du scandale. Trop peur de faire fuir les gens, de perdre du bénéfice. Logique. Malsain. Il vaut mieux que les gens ignorent le danger, au moins, on gagne du pognon. Quand on y pense, c’est ce qui se passe pour tout. On avale des couleuvres, on se restreint à une partie seulement de la réalité, et on prend une décision… ou bien on laisse les autres la prendre pour nous. Parce que c’est plus confortable. Est-ce d’ailleurs ce que je fais ? L’on me donne des ordres, je ressens l’impérieux besoin de les exaucer… J’en sens même le devoir. Mais est-ce vraiment mon Destin ou une simple force me poussant à donner un sens à mon existence ? Le service d’une divinité antique et son héritage justifient-ils en soi ma naissance, mon être, ma conscience ? Je peux continuer longtemps à me poser ce genre de questions. Je pense surtout que je n’en aurai jamais de réponse…. Je devrais arrêter de me prendre la tête.

Je compte faire du camping sauvage tout le weekend, j’ai de nouveau besoin de me ressourcer. Alors cette fois-ci, j’anticipe. Si vous trouvez ce journal, c’est que j’ai été détruite par quelque créature mythologique d’un nouvel age, et que je n’ai pas su en venir à bout. Mais je suis assez confiante, jusqu’ici, c’était facile. Enfin, on sait jamais. Et tout aussi bien, il peut aussi ne rien m’arriver. Mais là, pareil, j’en doute. Et cette fois-ci, je ferai gaffe à ne pas laisser trainer le corps du fauve éventuel…

 
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Extrait du journal de Cynthia Summers

23 jan

25/05/2010 – 8 heures

Qu’il est bon de dormir à la belle étoile.

Hier soir, j’ai pris la décision de rester au boulot pour la nuit. Non pas vraiment par conscience professionnelle, mais parce que les grands espaces me manquaient. Me manque toujours, en fait. Ma cambrousse Texane me semble si loin… Comme si c’était une autre vie, comme si j’étais… une autre personne. Pourtant, les souvenirs sont encore là. J’espère qu’ils le resteront longtemps… et que quitter la ville n’a pas signifier quitter ce que j’étais. Sans doute est-ce que c’est le destin de tous ceux qui quittent leur ville natale, que de l’oublier et d’oublier ce qu’ils y étaient, pour devenir ailleurs quelqu’un de nouveau. Mais moi, je ne veux pas devenir quelqu’un d’autre. Je ne veux pas oublier ce que je suis et d’où je viens.

Dès la tombée de la nuit, je me suis installée dans une clairière, en-dessous d’un grand arbre pour me protéger de la pluie éventuelle. Ils n’avaient rien prévu, mais on sait jamais ; d’autant qu’avec la proximité de la ville, cette pluie-là n’est pas ce qu’on peut appeler vraiment saine. C’est même tout le contraire ; la décadence de l’humanité concentrée dans quelques gouttes d’acidité morbide, qu’on se plait à comparer à un phénomène naturel par habitude et désinvolture. Quand ces immondices leur feront un trou dans le crâne en tombant, peut-être se rendront-ils comptent que non, ça n’a pas le goût de l’eau. Sous cet arbre donc, j’ai choisi un endroit bien plat, où la seule racine vraiment apparente me servit de support pour la tête. Mon sac de couchage calé, je me suis glissée dedans, toute habillée. On ne sait jamais ce qui peut arriver.

J’eus du mal à dormir. Je ne saurais expliquer vraiment pourquoi, mais je ne pouvais vraiment fermer l’œil. C’était peut-être parce que la Lune était pleine, et sans doute parce que j’avais la cruelle impression qu’elle me regardait. Qu’elle m’épiait. Le fait-elle ? Le Destin est définitivement cruel. Pourquoi ne me guide-t-elle pas, et se contente-t-elle de se servir de moi comme un vulgaire outil, voulant me façonner à sa guise sans m’offrir la moindre considération ni présence, la moindre parole ni le moindre conseil ? Plongée dans ce genre de considérations existentielles, je me laissais aller à la mélancolie. Je regrettais d’avoir quitté ma ville natale, d’avoir obéit à cette greluche divine qui se prend pour ma mère, d’avoir renié ce que j’étais.

Le sommeil était en train d’arriver, quand je fus sortie brutalement de mes pensées. Le silence de la nuit se faisait inquiétant. Un prédateur devait rôder. Si les animaux nocturnes ne font plus de bruit, c’est qu’un prédateur est dans le coin. Mais le Griffith Park est censé être ouvert au public et sans danger… Prudente, je me décidai donc à sortir de mon duvet, et je commençais à m’équiper selon les circonstances. Si la bête était du même acabit que la précédente, je ne pouvais me permettre de l’affronter désarmée. Je mis la ceinture d’Hippolyte, la célèbre Reine Amazone. Elle lui allait certainement comme un gant, mais je me demande encore quelle idée pouvait avoir ma mère pour m’offrir ce genre de … trucs … à l’époque moderne. Elle irait également très bien à Wonder Woman, mais on est pas dans une bande dessinée. Je mis ensuite les sandales d’Atalante. Celles-ci me conviennent beaucoup plus ; d’autant que je me réclame bien plus de son héritage que de celui de la précédente. Je suis une chasseresse, pas une amazone, n’en déplaise à « maman ».

La suite vaut-elle vraiment la peine d’être racontée ? Le fauve était un loup géant, du genre qu’on ne réintroduit dans aucune chaîne de montagnes, de peur qu’il ne croque les fermiers en sus des agneaux. Ma technique était plutôt simple, et consistait à courir devant lui en maintenant une certaine distance, tout en lui tirant des traits de lune de temps à autres. Ce fut facile.

Après ça, j’ai très bien dormi, et je me suis réveillée à la lumière du jour.
Et plutôt satisfaite. J’ai le moral.

 
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Extrait du journal de Cynthia Summers

10 jan

24/04/2010 – 20 heures

Il ne se passe rien.

Ma « mère » me fait tourner en bourrique, à me faire partir « en mission » régulièrement. Par missions, elle entend visiblement me faire poireauter dans des soirées. Pense-t-elle ainsi forcer mon tempérament et ma personne ? Si c’est le cas, elle s’y prend sacrément mal…

5/05/2010 – 1 heure

Pas envie d’écrire, mais je m’étais fixé ça, je m’y tiens. je dois toujours tenir trace de mes aventures en tant que Scion. Pour au cas où. Si jamais j’oublie ce que j’étais, si jamais on oublie ce qui s’est passé. Ou autre chose. J’ai le sentiment que quoi qu’il arrive, je dois le faire. Donc je le fais. Parfois, des forces nous poussent à faire des choses qu’on ne comprend pas soi-même. Peut-être que c’est ça, le Destin. Quelle ironie. Mais passons…

Ce soir, j’ai tué des gens.

Enfin, des gens… En vrai, c’est des zombies. Il ne sont plus vraiment vivants même avant que j’arrive, à ce que j’ai compris. Et eux n’ont rien dû comprendre à ce qui leur arrivait. Mes flèches lunaires les transpercent, les uns après les autres, alors que je suis embusquée au sommet de l’immeuble voisin. Il fait froid, mais ils se déplacent à moitié nus et de façon confuse dans une sorte de suprise-party macabre et sans musique. Complètement glauque.

Après leur avoir dégommé ce qui leur sert de tête, je me sens beaucoup mieux. Même s’ils sont morts quand même. Comme d’habitude.
Personne à sauver, tout le monde à venger.

 
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Extrait du journal de Cynthia Summers

09 déc

24/02/2010 – 2 heures 30 du matin

West Hollywood. Artémis a décidément une sorte d’obsession. C’est là que j’ai dû aller ce soir, pour ma dernière mission en date. Et la réputation sulfureuse de WeHo étant ce qu’elle est, j’ai bien hésité à y aller. Encore un coup d’Artémis, elle veut me dévergonder, elle veut que je rampe dans la fange de la dépravation mondaine dans laquelle se complaît l’essentielle part de l’humanité, profitant de plaisirs malsains et parfois même prohibés qui font le succès d’économies clandestines et prospères. Oh, je respecte les brouteuses, elles font bien ce qu’elles veulent ; tout autant que je respecte les greluches qui offrent leur corps et leur âme au premier venu et décident de devenir la servante de ce monsieur. D’une façon ou d’une autre. Mais bon, c’était une mission, un message de cette fêlée qui me prend pour sa fille mais que je n’ai jamais vue, qui parle de lien tout en me disant qu’effectivement, son sang ne coule pas dans mes veines. J’ai deux mères adoptives, et pas une seule dont je sois issue. Saloperie.

Avant de partir, j’ai téléphoné un peu à ma mère. Enfin, Caitleen. Elle me manque. Puis j’y suis allée, direction WeHo. L’adresse était 9081 Santa Monica Boulevard, West Hollywood. J’ai bien hésité, mais je ne peux pas me permettre de désobéir aux ordres de mission comme ça. C’est bien plus qu’une obligation, c’est un devoir.

Une fois à l’adresse indiquée, je lève les yeux au ciel. Le 9081 est le Troubadour… une boite de nuit. En plein dans ce qui fait office de quartier gay de LA. Ma mâchoire se serre. Je sors de mon 4×4, méfiante, aux aguets. Encore une soirée entière que je vais passer à poireauter. J’avance, regardant alentours ; la clientèle semble plutôt mixte, pas forcément homo d’ailleurs, et ça me rassure un peu. J’entre. J’ai fait un effort, pantalon tout simple, haut plutôt neutre, veste en une sorte d’imitation cuir et chaussures plutôt convenables. Je me doutais de l’arnaque et j’ai pas voulu faire tâche, jurant dans le décor probable de ce qui serait ma mission de ce soir. J’ai plutôt bien fait.

J’attends pas mal, à l’affut du moindre trouble. Un peu comme la dernière fois. Je commande de temps en temps à boire. Ici, ils passent des groupes en live. Mais ça m’intéresse pas. Je surveille. Comme en chasse. On vient me draguer, plusieurs fois dans la soirée. J’envoie chier calmement les postulants de l’un ou l’autre sexe. Je suis pas venue pour ça… du moins je l’espère encore. Il ne se passe rien. Je m’ennuie. La musique me rend folle, trop forte, oppressante. J’ai un peu trop bu. Je dois prendre l’air. Je sors, je fais quelques mètres. Je m’assied sur un trottoir, et me prends la tête dans les mains. Soupir. Vie de merde.

Relevant les yeux, je vois un vague mouvement dans une ruelle en face. Je me lève, m’y dirige. C’est peut-être ce que j’attendais. Et puis ça fait du bien de marcher un peu à l’air libre. Même pollué. Je passe la tête… Rien. Pas de sang par terre. Des traces de lutte. Je décide de suivre la piste. C’est plus intéressant que de retourner à l’intérieur. Je finis par apercevoir un mec, qui porte une nana comme une mariée. Inconsciente, probablement assommée. Je continue de le suivre, me rapprochant de plus en plus vite, sans me faire repérer. Il est probablement en train de l’enlever. Je lui somme de la lâcher. Il se retourne, me dit que c’est sa copine, qu’elle est ivre et qu’il la ramène à la maison. Je le crois pas. Il la pose, lentement, ce qui me surprend, joue des biceps et me dit qu’il veut pas taper une nana. Je lui désigne sa victime de la tête, il me dit que je pige rien. Je m’avance, il s’interpose devant la fille, en posture défensive. Cela m’arrache un haussement de sourcil. Je la regarde mieux. Elle a une pomme d’Adam. Bien éveillée, elle semble plus effrayée par moi que par lui. Je lève les yeux au ciel, et m’en vais après avoir bafouillé deux-trois mots d’excuses.

J’entre dans ma bagnole. J’y suis actuellement, en train d’écrire ce journal et de déprimer. Mais ça va passer. Il faut bien.

 
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Extrait du journal de Cynthia Summers

07 déc

15/02/2010 – 4 heures du matin

Néons fluorescents, musique trop forte, drogues, rires. Extase, pleurs, cris, chants, amour. Débauche, ennui profond. C’est en quelques mots un résumé assez complet de ce que j’ai vu cette nuit. Vu, entendu, et non pas vécu, comme l’aurait sans doute voulu Artémis. Car ouais, débarquer dans une des boites de nuit les plus fréquentées de Los Angeles, c’était un plan à elle. Je l’y ai pas vue pour autant… Possible qu’elle y était, de toutes façons je sais pas à quoi elle ressemble. Je sais plus si j’en ai envie…

Arrivée à 23h, à l’adresse indiquée. Aucune idée de ce que c’était à cet endroit. L’avait exigé que je me fringue de manière convenable pour la mission. « Pas ton treillis, et évite les grolles de marche », avait précisé la chouette. La décadence était déjà visible de l’extérieur ; la sono hurlait ses ondes dégueulasses à l’extérieur, et impossible de respirer de l’air juste pollué, sans ajout superflu de tabac. Détaillé la foule, cherché des traces de surnaturel ou de mythique, rien trouvé. Le videur m’a laissée passer, malgré mes vêtements en jeans et mes baskets. Y’a sûrement un rapport avec ma réaction quand il m’a dit que c’était pas possible : j’ai été très gênée, mal à l’aise, d’autant qu’il me regardait pas dans les yeux. J’ai bredouillé un truc, je me souviens même plus quoi tellement j’étais mal. Il a changé d’avis tout de suite et m’a laissée passer en m’appelant « la mignonne », puis a cru bon de me filer une tape sur les fesses dès que j’avais le dos tourné. Je pense qu’il a compris son erreur lors de mon regard à la fois assassin et incrédule, et qu’il a fait mine de s’intéresser aux drogués et autres dégénérés qui aspiraient à entrer.

Une fois à l’intérieur, cherché à esquiver les danseurs, à sauver la face en restant dans un coin. Plein de couples. J’étais plus ou moins la seule pas accompagnée. Des slows, des trucs qui bougent un peu plus, généralement des trucs récents et repompés de vieux hits. Commandé un cocktail au comptoir, du genre pas trop violent, faut garder la tête froide. Un truc à la fraise et à la pomme. Pas mauvais. Je scrutais la salle, mais c’était pas évident sans point de vue surélevé. Ai commandé à boire de temps en temps, en prenant du soft drink la plupart du temps. Faut pas dévier.

Au bout d’un moment, un mec m’aborde. Totalement superficiel, pas trop mal physiquement, probablement habitué de ce genre d’endroits. Je l’envoie bouler. Un autre arrive, style jeune cadre dynamique, avec une élocution de commercial. Je reste concentrée sur ma mission. Je surveille. Rien ne doit arriver de fâcheux. Tout doit se passer comme prévu. Il repart comme il est venu. Tous ceux qui m’abordent repartent de la boite en tenant une donzelle par l’épaule, je me fais pas de soucis pour eux. Pendant ce temps, l’heure tourne, et rien ne se passe. Rien, affreusement rien. On m’offre un verre. J’accepte, mais l’envoie chier quand il s’avise à poser sa main sur mon épaule. Il se casse.

L’heure tourne. Quasiment que des couples. Parfois des trios. On me fait des propositions indécentes, que j’ai la moitié du temps pas besoin de décliner verbalement. Rien ne se passe, toujours rien. Je finis par me demander pourquoi je suis là ; ou plutôt j’arrête de le faire. Saloperie d’Artémis. Saloperie de couples. Saloperie de Saint Valentin. Je crois que Sly me manque.

 
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Extrait du journal de Cynthia Summers

14 nov

09/02/2010 – 3 heures du matin

Passé la nuit à crapahuter dans les égouts. J’ai de mon côté pu prendre ma douche, mais le cas de cette ville n’est pas encore réglé. Il ne le sera jamais. Elle est bien trop grosse, bien trop décadente, bien trop tout. La raison pour laquelle cette masse grouillante s’entasse jusqu’à l’asphyxie et la pourriture m’échappe, mais elle doit pourtant exister. J’aime espérer qu’au fond, c’est l’œuvre des Titans, ou même des Dieux. J’aime espérer que l’Humanité n’est pas responsable. Qu’on est pas faits pour stagner dans la fange qui nous anime. Que cette puanteur n’est que le reflet d’un Destin que l’on souhaite nous imposer, et pas le résultats des péchés et vices naturels d’un chacun. Que le fait d’entasser trois millions de personnes en leur promettant deux hectares d’espaces verts n’est en réalité pas quelque chose de naturel.

Alors que j’allais rentrer de mon job au Griffith Park, on m’a signalée ma prochaine mission, entre deux hululements qui n’avaient au final plus rien de comiques. Cette fois-ci, c’était une histoire de rats géants qui infestaient les égouts, dans le Watts. Ou plutôt, en-dessous. 30 kilomètres en fin de journée pour me rendre dans un des quartiers les plus pauvres de LA. On n’appelle d’ailleurs plus ça un ghetto mais un barrio : les trois quarts des habitants sont des mexicains, souvent clandestins. La misère humaine ; prostitution, racket, drogues, meurtres. Une couche supplémentaire de crasse par-dessus un bois pourri et mort que l’on n’a même plus pris la peine de vernir depuis longtemps.

Une bouche d’égouts ouverte, je me suis glissée dedans. Y’avait un trottoir. J’ai pu me changer. Mettre ceinture, sandales, sortir mon arc et ma lampe-torche. J’ai vu les grosses empreintes de rats. Encore une fois, rien de naturel. Mais ça devient la norme. J’ai rampé dans la merde et autres déjections de l’humanité ; mais finalement, ça ne change pas grand chose à la surface. C’est peut-être même plus sain. Ici, au moins, on ne vend pas les étrons. J’ai buté les rats géants. Ils avaient déjà boulotté plusieurs mecs, les avaient bouffés, l’en restait que des bouts de chair sur de l’os. Personne à sauver, ce soir ; tout le monde à venger. J’ai foutu les rongeurs dans des sacs poubelle après les avoir découpés en morceaux, et je les ai foutus aux ordures. Personne ne s’alarmera. Les journaux ont de toutes façons déjà titré l’hypothèse du tueur en série, pour les corps. C’est rassurant, au moins les gens savent pourquoi leurs potes sont morts.

 
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Fusina (système FUn, SImple, NArratif)

16 sept

Avec un ami rôliste lyonnais, nous sommes partis d’un constat simple : la majorité des jeux de rôle actuels partent toujours des mêmes éléments de base, à savoir des tas d’éléments chiffrés et des règles toutes basées sur le principe de faire un jet pour résoudre chaque action, en ajoutant plein de chiffres dans les résolutions de ces jets.

La raison est toute bête : les règles des jeux de rôle venaient à la base des règles des jeux de figurines.

Mais quelques années plus tard, les jeux de rôle ont évolué, et certains joueurs, donc je fais partie, sont plus que gênés par les systèmes où lorsque l’on subit des dommages, c’est forcément chiffré. « Voilà, là, tu t’es pris une balle, mais ton armure de X a absorbé des dégâts, donc tu ne prends que Y de dommages ». Dans les films, voit-on la barre de vie du héros ? Non, on sait uniquement qu’il est blessé, où, et on voit si ça le gêne vraiment ou pas.

Mais ce n’est pas tout. En effet, par le principe du jet qui résoud une action, certaines parties sont ennuyeuses, car le MJ, plutôt que de privilégier l’histoire et l’intérêt de la partie, annonce froidement un « Votre armée de 2000 hommes surentraînés s’est fait battre par les 20 paysans qui gardaient le fort », suite à un jet de dés raté, en suivant aveuglément les règles du jeu. La scène, qui pouvait être épique, où les joueurs auraient pu se lâcher sur les descriptions, s’est résumée à un jet et un résultat annoncé par le MJ, à cause de règles pas prévues pour l’histoire mais pour lancer des dés (bon, c’est aussi un peu la faute au MJ qui ne se détache pas des règles, j’avoue).

On a donc réfléchi. Beaucoup. Comment concilier le fun des dés, des règles simples, tout en privilégiant l’histoire ? Nous savions que nous n’allions rien inventer, donc on a trouvé et testé des tas de systèmes dit narratifs, avec des règles légères, souvent de grosses lacunes, mais aussi parfois de grandes et belles idées. On a pris ce qui nous plaisait, viré ce qui nous plaisait moins, passé ça au shaker des joueurs optimisateurs et grosbillistes qu’on a par chez nous.

Et voilà, Fusina était né.

Comme je l’ai dit, il ne révolutionne rien du tout. D’ailleurs, les joueurs fanatiques des jets de dés à outrance et de l’optimisation des points distribués à la création ne vont pas aimer ce système. La gestion des blessures n’est absolument pas chiffrée. On a des caractéristiques mais on n’y définit pas directement les scores. On a des compétences, mais elles sont libres et autorisées à être larges, pour ne pas frustrer un joueur qui veut faire plein de trucs (le MJ, après tout, peut refuser les trucs pas crédibles dans l’univers joué).

Je pourrais expliquer ici en détail les règles, mais je pense qu’il vaut mieux que vous alliez lire directement le pdf du système Fusina.

Sachez que nous sommes avides de retour et d’avis constructifs sur le système, la mise en page, la rédaction, etc… Donc si vous voulez aider, nous sommes preneurs, répondez par un petit commentaire ici !

 

Sable Rouge

02 sept

(Sable Rouge fait partie de la catégorie « prêt-à-jouer » des jeux 7ème cercle, ce qui implique des règles simples, des prétirés, un bon pavé sur l’univers, un scénario d’introduction et des synopsis pour aller plus loin. Je ne parlerai ici que de l’univers, et ne donnerai mon avis que sur ce dernier. En effet, le système est simpliste mais suffisant, comme pour tous les jeux de cette gamme)

Sur Mars, il y a quelques millions d’années, il y avait la vie. Plusieurs formes d’êtres humanoïdes cohabitaient. La magie existait sous la forme de l’Encre, nom adéquat à cette substance sécrétée par des pieuvres des profondeurs de la planète. Un des peuples, les Silicates, en injectaient à des enfants encore en pleine croissance, afin d’altérer leur développement. Cela permettait à ces enfants, une fois adultes, de voir l’avenir.

Sous l’influence des visions de ces précognitifs, les silicates dominèrent rapidement les autres au niveau technologique, et finirent par se terrer sous la surface, froide et mortelle, pour construire de gigantesques réseaux souterrains chauffés, alimentés en énergie, et dont l’air était empli d’Encre, afin de pouvoir utiliser cette magie pour toute sorte de choses. Seuls les riches étaient invités à les rejoindre.

Et puis plusieurs précognitifs prédirent la fin de la civilisation silicate, sans pouvoir en déterminer la cause. Le développement et l’isolement des Silicates s’accrurent, persuadés qu’ils étaient de pouvoir changer ce futur en se développant le plus vite possible.

Seulement, la source de cette apocalypse ne venait pas de la planète. Un météore contenant une forme de vie parasite s’écrasa sur la planète, traversa la surface, pour atterir en plein milieu d’une des zones souterraines silicates, la plus habitée. Les silicates se firent attaquer par ces parasites, qui, une fois dans le corps d’une personne, se lovaient contre la colonne vertébrale, la contrôlaient et pouvaient la faire se transformer en des choses horribles et difformes.

Les silicates et tous les peuples souterrains furent vite décimés, et aujourd’hui, les parasites s’attaquent aux gens à la surface, s’enfouissant dans le sable en attendant un corps chaud et bien vivant pour les abriter. On les a appelés les Pilleurs de Corps.

Mais quelques personnes sont apparues, dont le parasite est mort au lieu de les contrôler, sans que l’on sache pourquoi. Ce parasite, autour de leur colonne vertébrale, s’est solidifié en mourant. On les appelle les Vertèbres de Fer.

Sont-ils le seul rempart contre les parasites ou au contraire des balises, les attirant là où il y a encore des personnes vivantes ? Nul ne le sait, et c’est bien embêtant, puisque vous, joueur, serez une Vertèbre de Fer.

Bienvenue sur Mars !

Conclusion

L’univers est très glauque, sombre, métallique, sous la surface (dans les tunnels abandonnés et vides des silicates), alors qu’à la surface, malgré le sable rouge et le soleil, il fait souvent très très froid, et les conditions de vie sont plus que difficile dans une planète où c’était déjà dur de vivre avant l’arrivée des Pilleurs de Corps.

En terme de jeu, les parties peuvent osciller entre l’horreur, la fantasy, le post-apocalyptique, tout dépend de comment le MJ considère que l’ambiance est dans cette planète presque morte. Les joueurs peuvent être des héros comme des gens rejetés par la société et essayant simplement de survivre.

Bref, pas mal de possibilités, et un univers sympa étant post-apocalyptique et uchronique en même temps.

Lien du site officieil 7ème cercle consacré à Sable Rouge : http://www.7emecercle.com/7cercle/jdr/sablerouge.php?page=Inf

Lien du blog de l’auteur principal : http://sablerouge.over-blog.com/

 

Kuro

17 avr

Les gens de 7ème cercle sont plutôt prolifique, ces derniers temps.

Là où sortent des jeux de rôle dont le livre de base fait 300 pages, contient de superbes illustrations par centaines, coûte cher, et présente un univers tellement riche qu’un Maître de Jeu débutant ne peut espérer le comprendre en moins d’une après-midi, 7ème cercle a choisi une approche radicalement différente en créant une gamme de jeux « prêt-à-jouer ».

Leur idée est simple : le Maître de Jeu doit pouvoir comprendre le système et les bases du système en 30 minutes (le nécessaire pour faire une séance pour découvrir le jeu), et doit connaître très bien l’univers et les détails du système en une heure (de quoi pouvoir enchaîner les aventures en faisant découvrir le monde aux joueurs).

Kuro, c’est quoi ?
« Noir », en japonais. On est en 2046. Le japon s’est un peu plus isolé du reste du monde. Fusion nucléaire, moteurs à hydrogène performants, leur autonomie s’est fortement accrue, sauf au niveau alimentaire où elle est encore juste…

Puis un accident. Deux ogives nucléaires partent malencontreusement de Russie, sans qu’aucun des ingénieurs sur place ni les caméras de surveillance montrent le moindre accès aux commandes de tirs. L’une est dirigée sur l’Inde, l’autre sur… le Japon.

Alors que celle en direction de l’Inde connait des pannes et raye la Corée de la carte, celle sur le Japon n’a… eh bien… On ne sait pas. Un flash extrêmement lumineux dans le ciel, des bourrasques et des tempêtes démentielles qui depuis ce jour de mai 2046 n’ont pas cessé.

Aussitôt, alors que les voisins de la Corée pansent leurs plaies, ayant subi le souffle de l’explosion, le Japon, indemne, ne sachant pas ce qu’il lui arrive, effraie ses voisins, y voyant un coup monté, qui expliquerait la grande course à l’autonomie des vingts dernières années menées par l’état de l’archipel nippon. Un blocus est mené par tous les états autour du Japon, seul comme jamais.

Mais les japonais voient ça comme un problème secondaire. En effet, sur les 4 îles qui forment le pays, les gens sentent que quelque chose a changé. Et contrairement à ce que les médias étrangers racontent, les japonais, eux, savent bien qu’ils ne sont plus seuls. Disparitions, meurtres en haute progression, phénomènes étranges. Et si le blocus ne bloquait pas que les japonais ?

Le système

Des caractéristiques de 1 à 3, indiquant le nombre de dés à lancer sur un jet, et des compétences/spécialisations qui s’ajoutent au résultat des dés. Le but étant de dépasser une difficulté donnée. Rien de très très compliqué, à deux exceptions près : les 4 (shi en japonais, qui peut aussi signifier la mort) sur les dés ne comptent pas, par superstition, et certaines compétences à partir d’un certain niveau, donnent accès à des « techniques », permettant de relancer un dé, ou d’en jeter un de plus, ou d’ajouter 4 au résultat si le jet est réussi, etc…

En dehors de ça, quelques valeurs secondaires calculées en fonction des caractéristiques servant en combat, et voilà !

C’est très fluide, très simple, la création est un peu longue car il y a pas mal de points à distribuer, mais au final c’est bien plus court et simple de comprendre le système de Kuro que le système de bien d’autres jeux.

En cours de partie, ça donne quoi ?

Au niveau de l’univers, c’est du bonheur, il suffit, pour imaginer, de mélanger les univers de Ghost in the Shell, Blade Runner et les films d’angoisse japonais du type de Ring ou Audition. Vous y ajoutez une vraie grosse dose de créatures horribles, de complots politiques, de fanatisme religieux, et vous y êtes.

Les thèmes abordés sont multiples : la peur, la crise d’identité, le monde de l’occulte, la xénophobie de la majorité des habitants de l’archipel (on peut jouer étranger, mais c’est loin d’être une bonne idée)…

La campagne/extension Makkura, qui est fournie avec l’écran (ou alors c’est l’inverse), ajouter de nombreux détails sur l’armement, sur les factions en jeu, et sur les avancées technologiques, chimiques et biologiques, en plus de contenir une campagne en 5 grosses parties, facilement agrémentable de plein plein d’aventures intermédiaires, soit inventées, soit conçues à partir des synopsis (embryons de scénario) qui parcourent le livre de base et cette extension.

Conclusion

7ème cercle tient son pari : le livre de base est peu épais, mais contient un univers et un bestiaire assez détaillé (même si on pourrait pinailler sur la richesse relative du bestiaire, comparé à d’autres jeux), en grande partie grâce au peu de place occupé par le système et la création de personnage (elle est longue à cause des joueurs qui mettent du temps à répartir les points, pas à cause de sa complexité).

D’autres sont sortis avec des systèmes simples : Esoterroristes et Cthulhu (avec le système Gumshoe, orienté enquêtes), Yggdrasil, Devastra, Sable Rouge… et la gamme des jeux 7ème cercle est désormais séparée en deux : les prêts-à-jouer, dont fait partie Kuro qui n’auront que peu de suppléments, et de l’autre les jeux plus classiques, plus riches en suppléments, comme Capharnaüm, Qin ou Cthulhu.

Que du bon, les rôlistes évoluent, il était temps que les types de jeux de rôle chez les éditeurs évoluent elles aussi…